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Les menaces grandissantes qui se dressent devant nous, du fait d’une prédation illimitée des milieux naturels, nous forcent à remettre en question la notion cartésienne d’une nature extérieure à l’être humain qu’il s’agit de maîtriser et dominer... Comme l’explique l’anthropologue Philippe Descola, l’humain n’est pas distinct, contrairement à ce qu’affirmait Descartes, de ce que nous avons coutume de nommer la « nature ». Il n’en est pas seulement issu, il en fait intégralement partie. Ceci implique l’idée d’une responsabilité majeure liée à la conscience et donc, à la capacité de faire des choix. La prédation exercée sur la nature ne peut être dissociée du rapport de domination et d’exploitation qu’une minorité exerce sur le plus grand nombre.

Dans cette période charnière très incertaine, de nombreuses voix, venues d’univers différents, s’élèvent. Elles nous rappellent les fondamentaux de l’humain mis en danger par le fonctionnement productiviste et consumériste de notre société. L’approche quantitative imposée dans tous les domaines par l’ultralibéralisme, au détriment d’une approche symbolique – dont les langages de l’art sont l’exemple le plus fort –, est l’instrument le plus destructeur de la déshumanisation en cours.

Des chercheurs, sociologues, anthropologues, philosophes ou astrophysiciens, des femmes et des hommes « de terrain », mais aussi des romanciers et des artistes de tous domaines, nous alertent, chacun à sa façon, sur le péril que nous fait courir cette déshumanisation.

Ces paroles diverses, chacune issue d’un point de vue et d’un ensemble de savoirs particulier, sont parfois très théoriques, scientifiques ou ancrées dans une idéologie. Elles sont rarement suffisamment ouvertes et actives pour s’adresser à la sensibilité d’une majorité de lecteurs et nous avons souvent du mal à en faire usage dans nos vies.

Nous avons aujourd’hui, collectivement, le besoin impérieux de faire résonner dans l’espace public des paroles perceptibles par tous et par chacun, non seulement au niveau des idées véhiculées, mais aussi par la forme, autrement dit l’écriture même.

Pour partager le désir d’ouvrir de nouveaux chemins, il ne faut pas seulement convaincre, il faut traverser les apparences et les habitudes de pensée pour toucher l’intérieur de l’être. C’est ce qu’on appelle littérature, lorsqu’elle atteint son but, ou encore poésie. Mais au-delà de ces intitulés un peu usés, il s’agit d’un geste artistique dont les mots sont la matière première, des outils de l’imaginaire pour faire vivre la sensibilité, des armes qui servent à construire les humains.

Notre désir est de faire entendre des partitions suffisamment sensibles pour atteindre chacun en profondeur, des partitions subtiles dans leur manière de faire vivre les mots.

Un usage de la langue pour partager intimement, et au plus grand nombre, la conscience d’une urgence souvent trop diffuse ou lointaine. Celle du rôle et de la responsabilité de l’être humain sur la Terre et dans l’Univers. Cette responsabilité concerne autant la relation des humains entre eux que leur rapport au monde. Nous ne nous voulons pas nous contenter d’aborder les thèmes liés à l’environnement. La question de l’accueil de l’autre, de la solidarité entre les humains et entre toute forme vivante seront nos axes privilégiés, y compris dans leur dimension politique au sens originel du mot.

Nous voulons contribuer à la diffusion des auteurs et autrices lanceurs d’alerte.

La question cruciale, à l’ère du transhumanisme et de l’anthropocène, peut se résumer ainsi : Qu’est-ce qu’un être humain digne de ce nom et comment le construit-on ? C’est le territoire que nous voulons explorer, à destination du plus grand nombre, de toutes les façons possibles.

Nous proposerons une belle et diversifiée boîte à outils à ceux qui souhaitent s’armer de pensées et d’émotions, allier la justesse de l’analyse à la fulgurance du geste, pour résister efficacement au chaos dans lequel notre monde se perd.

L’urgence n’est pas seulement, comme on le dit souvent, de « sauver la planète », mais d’y tenir notre place en toute conscience, sans renier notre part sensible. C’est-à-dire, en un mot, réhumaniser le monde.